Persuadé qu'une invasion extraterrestre est imminente, un homme décide de sauver le monde... et commence par kidnapper son patron. (Source : themoviedb)
Si le réalisateur voulait faire un film lâche qui critique vaguement la société tout en vidant le contenu de toute substance politique afin que tout le public l'adore et le trouve courageux, alors bravo Yórgos ! Après tout, c'est tellement plus facile d'accuser l'humanité en tant qu'espèce plutôt que le capitalisme ou la cupidité des chefs d'entreprises. Personne n'ira contester cette idée - pas même Elon Musk.
je trouve justemment que la fin donne plus d'importance au film. Car ça montre que même ce mec perdu, victime de cette société écrasante était en fait capable de comprendrendre qui lui arrivait, et le reste ne fait rien par résignation ... ce qui s'applique très bien à notre société.
Pour moi, c'est un film fantastique, rien de plus. ^^ Il n'y a pas de message caché à la fin et d'analyse particulière à faire. Mais c'est sympa de voir que chacun interprète cette fin à sa manière.
Et du coup, c'est un bon film fantastique contemporain/SF, qui a le mérite de proposer autre chose que de l'horreur/gore ou du fantastique/gothique. Lánthimos me donne une fois encore l'impression de nous raconter les cauchemars qui hantent son sommeil. (Truc drôle : Ari Aster est un des producteurs du film et il aurait eu une légère influence lors de l'écriture du scénario de Will Tracy, pourquoi n'est-ce pas étonnant ? ^^)
Parmi les petites choses qui m'ont cependant déplu : beaucoup de parlotte redondante entre les personnages, peu d'action. Même si le sujet est intéressant, toutes ces longueurs font que ça n'en fera pas un grand film.
Pourtant, Jesse Plemons notamment, est très bon. (plus qu'Emma Stone, selon mes goûts)
Avouons quand même avoir beaucoup aimé la fin ! Ce qui nous fait dire que le film, avec un réalisateur moins limité, aurait pu être une merveille d’humour noir plutôt que ce pensum constitué de champs/contre-champs pour l’essentiel et qui tourne rapidement en rond. Reste à découvrir l’original coréen qui date d’une vingtaine d’années...
Il n'y a effectivement pas de message caché à la fin du film tant le message est limpide et Lanthimos ne critique pas "vaguement" la société, il dénonce ouvertement le système, le capitalisme de façon générale et sa fâcheuse tendance à écraser, maltraiter, oublier l'individu au profit de certains. Tout le discours lors de la scène de repas porte ce message, on peut difficilement faire plus littéral que ça. Et les écrans après "la fin", ceux où l'on voit les individus dans la majorité du temps dans leurs lieux de travail vient, dans le doute, réappuyer le message.
Donc oui, un film engagé, dirons nous, facilement engagé puisqu'il n'y a rien de révolutionnaire dans le propos mais est cependant très bien fichu et rythmé. On ne s'ennuie pas malgré le quasi huis clos, le casting est archi impliqué, les situations sont aussi drôles que grinçantes. Peut être pas le meilleur du bonhomme, ni le plus subtil mais un très bon ovni vient clôturer un rush de tournage pour le réalisateur grec avant une pause (sans doute) méritée.
Comme d'habitude avec ce bon vieux Lanthimos, je ne sais pas quoi penser. Certains éléments sont fascinants, d'autres laissent à désirer, et j'ai toujours un peu peur de ce que le réalisateur essaie réellement de nous dire. Je vais essayer de formuler un avis cohérent. (Je suis désolée par contre, je vais devoir mettre beaucoup de balises Spoil parce que c'est très compliqué de parler de ce film sans entrer dans les détails.)
Je pense que le message va plus loin qu'une simple critique du capitalisme et que c'est peut-être là où le bât blesse en fin de compte. [spoiler]Le discours de Michelle à propos de l'arrivée des aliens sur Terre met en avant quelque chose d'assez terrible : l'humanité est fondamentalement un échec, un échec qui s'autodétruit au travers d'une suite sans fin de violence. [/spoiler] Le capitalisme finalement est la consécration de cette violence, de façon plus symbolique mais tout aussi destructrice. Ce qui, en soi, est un message très pertinent.
Mais il va encore un petit peu plus loin : à travers les actes de Teddy, on découvre un homme victime de cette société malade, mais qui, dans sa tentative de sauver ce qui peut l'être, finit par suivre précisément ce chemin de violence [spoiler](ce que l'on peut déjà voir à travers son traitement de Michelle, mais qui devient encore plus flagrant lorsque cette dernière découvre toutes les horreurs que Teddy a commises pour ses "expériences")[/spoiler]. Autrement dit, Teddy n'est pas simplement une victime du système. Il en exerce la même violence, à sa façon.
Et c'est là le vrai tournant du film : [spoiler]Teddy avait raison, Michelle est une alien. Mais là où il avait tort, c'est sur le fait que les aliens soient responsables de ce qui se passe sur Terre. Alors que comme Michelle l'a démontré, ce sont les humains qui sont responsables de tout, et les quelques aliens s'étant acclimatés aux humains sont devenus des membres du système précisément parce qu'ils se sont humanisés (ce que Michelle a confirmé elle-même en indiquant qu'elle est devenue plus humaine ce qui, pour elle, équivaut à devenir plus égoïste et cruelle). Lors de la destruction de la Terre, les larmes de Michelle sont la preuve qu'elle n'était pas le monstre que Teddy voyait en elle. Elle éprouve de la pitié pour ce qu'elle détruit, là où Teddy n'en avait plus pour personne.[/spoiler]
Et je suis partagée entre trouver ça fascinant... Et lassant. Car c'est toujours la même chose avec Lanthimos : l'humanité est pourrie jusqu'à la moelle (et lui aurait tout compris à la vie visiblement), et finalement, Bugonia devient la consécration de sa thèse. [spoiler]Si l'humanité est aussi laide, autant la détruire.[/spoiler] C'est... glauque. Très glauque, quand on replace le film dans sa filmographie. Et ça rend aussi le message largement moins subtil qu'il n'aurait pu l'être. [spoiler](Et oui, la fin montre principalement des personnes mortes sur leur lieu de travail... Mais n'oublions pas cette personne morte en venant fleurir la tombe d'un être cher. On va bien au-delà de la critique du capitalisme pour atteindre une certaine forme de cruauté comme seul ce cher Lanthimos sait le faire.)[/spoiler]
Et c'est dommage parce que de tous les Lanthimos que j'ai vus, je pense que celui-ci est le plus pertinent. Pas dans l'idée qu'il faille détruire l'humanité, ça c'est quand même extrême, mais dans l'idée que les erreurs de la société moderne soient le résultat d'une violence intrinsèque ayant traversé les âges. J'ai trouvé ça très intéressant de voir [spoiler]cette confrontation entre l'humain et l'alien où l'humain serait le plus "inhumain".[/spoiler] (Je me suis aussi rendue compte que le scénariste, Will Tracy, était le co-scénariste de The Menu... Et on retrouve dans les deux films cette même tendance à vouloir marteler le message à coups de discours tout préparés. Je préfère tout de même la méthode de Bugonia, mais quand même, c'est notable.)
J'ai d'ailleurs particulièrement apprécié le personnage de Michelle, assez fascinante de par son ambiguïté et son absence de manichéisme. C'est justement un personnage qui dénote beaucoup dans l'univers de Lanthimos : elle est, paradoxalement, d'une humanité très forte, contrastant avec le côté robotique de ses personnages habituels. En parlant des autres personnages, je dois avouer avoir trouvé Teddy et Don plus faibles, justement parce qu'ils sont du pur Lanthimos. Ça signifie, notamment, que Teddy est une sorte d'automate qui tente au maximum de réprimer ses émotions, ses seules pulsions devenant celles d'une personne qui ne peut exprimer sa peine qu'au travers d'une violence extrême. On sent cette volonté de la part du réalisateur d'empêcher toute empathie pour le personnage [spoiler](dont la mort est d'ailleurs dépeinte avec humour)[/spoiler], et je pense que c'est l'un des points faibles : au-delà de l'immense cynisme que ce détachement révèle, il y a aussi le simple fait qu'avec un personnage aussi ambigu et émotionnellement complexe que Michelle, la conclusion aurait été d'autant plus frappante. [spoiler]Faire de Michelle la seule vraie "humaine" là où Teddy n'exprime aucune compassion malgré son terrible traumatisme est finalement presque... trop facile.[/spoiler] Quant à Don, je l'ai trouvé intéressant justement car lui a une véritable forme d'innocence qui inspire la compassion, il est une victime de l'humanité représentée par Teddy, mais le personnage est malgré tout filmé avec une telle distance que sa propre conclusion rejoint celle de Teddy : un choc, mais c'est tout.
Du côté du jeu d'acteur, je dois dire avoir eu une grande appréciation pour Emma Stone. Je ne suis pas la plus grande fan de son évolution dans cette "ère Lanthimos", pour plusieurs raisons, mais ici, dans ce rôle beaucoup plus complexe, j'ai vraiment ressenti l'étendue de son talent (y compris dans cette scène où l'on ne fait qu'entendre ses hurlements qui glacent le sang). Je ne dirais pas non plus que j'ai eu un coup de cœur absolu mais... Bravo à elle. Plus difficile de juger Jesse Plamons, parce que... C'est du pur Lanthimos, encore une fois. Je suis un peu hermétique à ce type de jeu mais ça ne veut en aucun cas dire qu'il est mauvais, pareil pour Aidan Delbis.
Quant à la mise en scène, qui est toujours centrale chez Lanthimos, je dois avouer avoir été un peu déçue. On est loin de la beauté étrange de La Favorite ou Pauvres Créatures ou même de la froideur mélancolique de Mise à mort du cerf sacré pour retrouver quelque chose de bien plus proche de Kinds of Kindness, autrement dit... C'est assez plat. Même très plat, par rapport à ce à quoi il nous a habitués, et j'ai eu plusieurs moments où j'ai trouvé les scènes étrangement monotones, même quand les dialogues étaient intéressants. Cela dit, la scène finale est plus intéressante d'un point de vue stylistique et de manière générale, on retrouve cet attachement particulier du réalisateur à la musique pour marquer des émotions dérangeantes et viscérales. Les scènes de flashbacks étaient également très intéressantes. Mais... Oui, il manquait quelque chose, et j'ai ressenti un certain problème de rythme par moments. (Enfin, je suis un peu dure quand même, il y a un beau travail sur la lumière et ce côté très "brut" dans la réalisation participe à l'atmosphère oppressante et clinique de l'oeuvre.)
Dans l'ensemble, je pense qu'il s'agit pour le moment de mon Lanthimos préféré. C'est une satire très pertinente sur beaucoup de points, avec un personnage qui ne peut que rester dans les mémoires. Je dois dire qu'après Kinds of Kindness que je n'ai pas vraiment apprécié (oui bon d'accord, j'ai détesté), celui-ci était une très agréable surprise et m'a confirmé que j'ai bien fait de ne pas faire une croix définitive sur ce réalisateur. (Dans un sens, il m'a beaucoup fait penser à une sorte de suite spirituelle de Mise à mort du cerf sacré, notamment dans les thématiques.) Mais malgré tout, on est encore loin du coup de cœur et c'est vraiment dommage que Lanthimos s'obstine à s'enfermer dans certains travers et surtout une vision de l'humanité qui frôle la pure misanthropie. Pourtant, cette fin donne presque une sensation de deuil pour une humanité qui n'a pas su se protéger... Il y a un entre-deux à la fois émouvant et profondément dérangeant, et je ne saurais pas dire où se situe précisément Lanthimos. [spoiler]J'irais même plus loin en évoquant le fait qu'il y ait une dimension biblique très forte dans ce film, de plus en plus centrale à mesure que le rôle de Michelle s'éclaircit, et Michelle devient même une sorte de figure christique, dans le sens apocalyptique, à la fin du film. Et si cela ne fait que rendre le film d'autant plus intéressant, il renvoie aussi une image d'autant plus ambigüe de Lanthimos lui-même qui, après tout, a tendance à se placer au-dessus de ses personnages comme une sorte de démiurge. Cet aspect était d'ailleurs également très important dans Mise à mort du cerf sacré, justement, mais ici l'identification de Lanthimos pour le personnage "non-humain" semble encore plus poussée.[/spoiler] En fait, même si j'ai tendance à qualifier Lanthimos de sadique, je pense que dans le fond, c'est surtout un cinéaste qui veut aimer l'humain mais a été trop souvent déçu par l'humanité, le problème étant qu'il s'est enfermé dans cette posture au point que cela impacte négativement ses œuvres même lorsqu'elles auraient pu être à leur pleine puissance (et l'impact négatif se ressent jusque dans des questions purement éthiques, avec Kinds of Kindness qui semblait d'ailleurs être un signe que Lanthimos avait atteint un point de non-retour dans son dégoût pour la société actuelle). Ce qui rend Bugonia plus marquant malgré les défauts propres à ce cinéaste, c'est vraiment cette profonde tristesse qui semble se cacher derrière la satire. J'insiste sur cette notion de deuil, car c'est vraiment là que j'ai l'impression de voir un réalisateur sincèrement touché par les horreurs derrière son armure cynique, tout en peinant toujours à abandonner cette même armure. Je pense que c'est pour cela que je reviens toujours à son cinéma malgré mon dégoût pour certains de ses choix. En tout cas, une chose est sûre, il m'a donné envie de découvrir l'original coréen.
Ah oui et j'oubliais : il y a du gore. Houlala oui il y a du gore. Un exemple ? Un personnage se fait briser le genou. Le plan d'après, on le voit tripoter son genou cassé avec l'os qui bouge à l'intérieur. Charmant, hein ? Et encore, là j'ai pris un exemple soft. Aaaaah, sacré Lanthimos...
J'ai trouvé que c'était un très bon film avec une belle photographie, je conçois que le message politique aurait pu aller encore plus loin dans la dénonciation. Mais le fait est que je trouve toujours incroyable l'idée qu'un complotiste "fou" et clairement serial killer avait en fait raison depuis le début. Jusqu'à la fin j'avais douté et je trouve que rien que ce fait montre que le réalisateur est doué.
Si le réalisateur voulait faire un film lâche qui critique vaguement la société tout en vidant le contenu de toute substance politique afin que tout le public l'adore et le trouve courageux, alors bravo Yórgos ! Après tout, c'est tellement plus facile d'accuser l'humanité en tant qu'espèce plutôt que le capitalisme ou la cupidité des chefs d'entreprises. Personne n'ira contester cette idée - pas même Elon Musk.
pourquoi gacher un film si bien fait avec un fin aussi nul !!!!!!!
je trouve justemment que la fin donne plus d'importance au film. Car ça montre que même ce mec perdu, victime de cette société écrasante était en fait capable de comprendrendre qui lui arrivait, et le reste ne fait rien par résignation ... ce qui s'applique très bien à notre société.
Pour moi, c'est un film fantastique, rien de plus. ^^ Il n'y a pas de message caché à la fin et d'analyse particulière à faire. Mais c'est sympa de voir que chacun interprète cette fin à sa manière.
Et du coup, c'est un bon film fantastique contemporain/SF, qui a le mérite de proposer autre chose que de l'horreur/gore ou du fantastique/gothique. Lánthimos me donne une fois encore l'impression de nous raconter les cauchemars qui hantent son sommeil. (Truc drôle : Ari Aster est un des producteurs du film et il aurait eu une légère influence lors de l'écriture du scénario de Will Tracy, pourquoi n'est-ce pas étonnant ? ^^)
Parmi les petites choses qui m'ont cependant déplu : beaucoup de parlotte redondante entre les personnages, peu d'action. Même si le sujet est intéressant, toutes ces longueurs font que ça n'en fera pas un grand film.
Pourtant, Jesse Plemons notamment, est très bon. (plus qu'Emma Stone, selon mes goûts)
Avouons quand même avoir beaucoup aimé la fin ! Ce qui nous fait dire que le film, avec un réalisateur moins limité, aurait pu être une merveille d’humour noir plutôt que ce pensum constitué de champs/contre-champs pour l’essentiel et qui tourne rapidement en rond. Reste à découvrir l’original coréen qui date d’une vingtaine d’années...
Il n'y a effectivement pas de message caché à la fin du film tant le message est limpide et Lanthimos ne critique pas "vaguement" la société, il dénonce ouvertement le système, le capitalisme de façon générale et sa fâcheuse tendance à écraser, maltraiter, oublier l'individu au profit de certains. Tout le discours lors de la scène de repas porte ce message, on peut difficilement faire plus littéral que ça. Et les écrans après "la fin", ceux où l'on voit les individus dans la majorité du temps dans leurs lieux de travail vient, dans le doute, réappuyer le message.
Donc oui, un film engagé, dirons nous, facilement engagé puisqu'il n'y a rien de révolutionnaire dans le propos mais est cependant très bien fichu et rythmé. On ne s'ennuie pas malgré le quasi huis clos, le casting est archi impliqué, les situations sont aussi drôles que grinçantes. Peut être pas le meilleur du bonhomme, ni le plus subtil mais un très bon ovni vient clôturer un rush de tournage pour le réalisateur grec avant une pause (sans doute) méritée.
Franchement je m’attendais à rien mais c’était une bonne surprise !
Comme d'habitude avec ce bon vieux Lanthimos, je ne sais pas quoi penser. Certains éléments sont fascinants, d'autres laissent à désirer, et j'ai toujours un peu peur de ce que le réalisateur essaie réellement de nous dire.
Je vais essayer de formuler un avis cohérent. (Je suis désolée par contre, je vais devoir mettre beaucoup de balises Spoil parce que c'est très compliqué de parler de ce film sans entrer dans les détails.)
Je pense que le message va plus loin qu'une simple critique du capitalisme et que c'est peut-être là où le bât blesse en fin de compte.
[spoiler] Le discours de Michelle à propos de l'arrivée des aliens sur Terre met en avant quelque chose d'assez terrible : l'humanité est fondamentalement un échec, un échec qui s'autodétruit au travers d'une suite sans fin de violence. [/spoiler]
Le capitalisme finalement est la consécration de cette violence, de façon plus symbolique mais tout aussi destructrice.
Ce qui, en soi, est un message très pertinent.
Mais il va encore un petit peu plus loin : à travers les actes de Teddy, on découvre un homme victime de cette société malade, mais qui, dans sa tentative de sauver ce qui peut l'être, finit par suivre précisément ce chemin de violence [spoiler] (ce que l'on peut déjà voir à travers son traitement de Michelle, mais qui devient encore plus flagrant lorsque cette dernière découvre toutes les horreurs que Teddy a commises pour ses "expériences") [/spoiler]. Autrement dit, Teddy n'est pas simplement une victime du système. Il en exerce la même violence, à sa façon.
Et c'est là le vrai tournant du film : [spoiler] Teddy avait raison, Michelle est une alien. Mais là où il avait tort, c'est sur le fait que les aliens soient responsables de ce qui se passe sur Terre. Alors que comme Michelle l'a démontré, ce sont les humains qui sont responsables de tout, et les quelques aliens s'étant acclimatés aux humains sont devenus des membres du système précisément parce qu'ils se sont humanisés (ce que Michelle a confirmé elle-même en indiquant qu'elle est devenue plus humaine ce qui, pour elle, équivaut à devenir plus égoïste et cruelle). Lors de la destruction de la Terre, les larmes de Michelle sont la preuve qu'elle n'était pas le monstre que Teddy voyait en elle. Elle éprouve de la pitié pour ce qu'elle détruit, là où Teddy n'en avait plus pour personne. [/spoiler]
Et je suis partagée entre trouver ça fascinant... Et lassant. Car c'est toujours la même chose avec Lanthimos : l'humanité est pourrie jusqu'à la moelle (et lui aurait tout compris à la vie visiblement), et finalement, Bugonia devient la consécration de sa thèse. [spoiler] Si l'humanité est aussi laide, autant la détruire. [/spoiler] C'est... glauque. Très glauque, quand on replace le film dans sa filmographie.
Et ça rend aussi le message largement moins subtil qu'il n'aurait pu l'être.
[spoiler] (Et oui, la fin montre principalement des personnes mortes sur leur lieu de travail... Mais n'oublions pas cette personne morte en venant fleurir la tombe d'un être cher. On va bien au-delà de la critique du capitalisme pour atteindre une certaine forme de cruauté comme seul ce cher Lanthimos sait le faire.) [/spoiler]
Et c'est dommage parce que de tous les Lanthimos que j'ai vus, je pense que celui-ci est le plus pertinent. Pas dans l'idée qu'il faille détruire l'humanité, ça c'est quand même extrême, mais dans l'idée que les erreurs de la société moderne soient le résultat d'une violence intrinsèque ayant traversé les âges. J'ai trouvé ça très intéressant de voir [spoiler] cette confrontation entre l'humain et l'alien où l'humain serait le plus "inhumain". [/spoiler]
(Je me suis aussi rendue compte que le scénariste, Will Tracy, était le co-scénariste de The Menu... Et on retrouve dans les deux films cette même tendance à vouloir marteler le message à coups de discours tout préparés. Je préfère tout de même la méthode de Bugonia, mais quand même, c'est notable.)
J'ai d'ailleurs particulièrement apprécié le personnage de Michelle, assez fascinante de par son ambiguïté et son absence de manichéisme. C'est justement un personnage qui dénote beaucoup dans l'univers de Lanthimos : elle est, paradoxalement, d'une humanité très forte, contrastant avec le côté robotique de ses personnages habituels.
En parlant des autres personnages, je dois avouer avoir trouvé Teddy et Don plus faibles, justement parce qu'ils sont du pur Lanthimos. Ça signifie, notamment, que Teddy est une sorte d'automate qui tente au maximum de réprimer ses émotions, ses seules pulsions devenant celles d'une personne qui ne peut exprimer sa peine qu'au travers d'une violence extrême. On sent cette volonté de la part du réalisateur d'empêcher toute empathie pour le personnage [spoiler] (dont la mort est d'ailleurs dépeinte avec humour) [/spoiler], et je pense que c'est l'un des points faibles : au-delà de l'immense cynisme que ce détachement révèle, il y a aussi le simple fait qu'avec un personnage aussi ambigu et émotionnellement complexe que Michelle, la conclusion aurait été d'autant plus frappante. [spoiler] Faire de Michelle la seule vraie "humaine" là où Teddy n'exprime aucune compassion malgré son terrible traumatisme est finalement presque... trop facile. [/spoiler]
Quant à Don, je l'ai trouvé intéressant justement car lui a une véritable forme d'innocence qui inspire la compassion, il est une victime de l'humanité représentée par Teddy, mais le personnage est malgré tout filmé avec une telle distance que sa propre conclusion rejoint celle de Teddy : un choc, mais c'est tout.
Du côté du jeu d'acteur, je dois dire avoir eu une grande appréciation pour Emma Stone. Je ne suis pas la plus grande fan de son évolution dans cette "ère Lanthimos", pour plusieurs raisons, mais ici, dans ce rôle beaucoup plus complexe, j'ai vraiment ressenti l'étendue de son talent (y compris dans cette scène où l'on ne fait qu'entendre ses hurlements qui glacent le sang). Je ne dirais pas non plus que j'ai eu un coup de cœur absolu mais... Bravo à elle.
Plus difficile de juger Jesse Plamons, parce que... C'est du pur Lanthimos, encore une fois. Je suis un peu hermétique à ce type de jeu mais ça ne veut en aucun cas dire qu'il est mauvais, pareil pour Aidan Delbis.
Quant à la mise en scène, qui est toujours centrale chez Lanthimos, je dois avouer avoir été un peu déçue. On est loin de la beauté étrange de La Favorite ou Pauvres Créatures ou même de la froideur mélancolique de Mise à mort du cerf sacré pour retrouver quelque chose de bien plus proche de Kinds of Kindness, autrement dit... C'est assez plat. Même très plat, par rapport à ce à quoi il nous a habitués, et j'ai eu plusieurs moments où j'ai trouvé les scènes étrangement monotones, même quand les dialogues étaient intéressants.
Cela dit, la scène finale est plus intéressante d'un point de vue stylistique et de manière générale, on retrouve cet attachement particulier du réalisateur à la musique pour marquer des émotions dérangeantes et viscérales. Les scènes de flashbacks étaient également très intéressantes.
Mais... Oui, il manquait quelque chose, et j'ai ressenti un certain problème de rythme par moments.
(Enfin, je suis un peu dure quand même, il y a un beau travail sur la lumière et ce côté très "brut" dans la réalisation participe à l'atmosphère oppressante et clinique de l'oeuvre.)
Dans l'ensemble, je pense qu'il s'agit pour le moment de mon Lanthimos préféré. C'est une satire très pertinente sur beaucoup de points, avec un personnage qui ne peut que rester dans les mémoires. Je dois dire qu'après Kinds of Kindness que je n'ai pas vraiment apprécié (oui bon d'accord, j'ai détesté), celui-ci était une très agréable surprise et m'a confirmé que j'ai bien fait de ne pas faire une croix définitive sur ce réalisateur. (Dans un sens, il m'a beaucoup fait penser à une sorte de suite spirituelle de Mise à mort du cerf sacré, notamment dans les thématiques.)
Mais malgré tout, on est encore loin du coup de cœur et c'est vraiment dommage que Lanthimos s'obstine à s'enfermer dans certains travers et surtout une vision de l'humanité qui frôle la pure misanthropie.
Pourtant, cette fin donne presque une sensation de deuil pour une humanité qui n'a pas su se protéger... Il y a un entre-deux à la fois émouvant et profondément dérangeant, et je ne saurais pas dire où se situe précisément Lanthimos.
[spoiler] J'irais même plus loin en évoquant le fait qu'il y ait une dimension biblique très forte dans ce film, de plus en plus centrale à mesure que le rôle de Michelle s'éclaircit, et Michelle devient même une sorte de figure christique, dans le sens apocalyptique, à la fin du film. Et si cela ne fait que rendre le film d'autant plus intéressant, il renvoie aussi une image d'autant plus ambigüe de Lanthimos lui-même qui, après tout, a tendance à se placer au-dessus de ses personnages comme une sorte de démiurge. Cet aspect était d'ailleurs également très important dans Mise à mort du cerf sacré, justement, mais ici l'identification de Lanthimos pour le personnage "non-humain" semble encore plus poussée. [/spoiler]
En fait, même si j'ai tendance à qualifier Lanthimos de sadique, je pense que dans le fond, c'est surtout un cinéaste qui veut aimer l'humain mais a été trop souvent déçu par l'humanité, le problème étant qu'il s'est enfermé dans cette posture au point que cela impacte négativement ses œuvres même lorsqu'elles auraient pu être à leur pleine puissance (et l'impact négatif se ressent jusque dans des questions purement éthiques, avec Kinds of Kindness qui semblait d'ailleurs être un signe que Lanthimos avait atteint un point de non-retour dans son dégoût pour la société actuelle). Ce qui rend Bugonia plus marquant malgré les défauts propres à ce cinéaste, c'est vraiment cette profonde tristesse qui semble se cacher derrière la satire. J'insiste sur cette notion de deuil, car c'est vraiment là que j'ai l'impression de voir un réalisateur sincèrement touché par les horreurs derrière son armure cynique, tout en peinant toujours à abandonner cette même armure. Je pense que c'est pour cela que je reviens toujours à son cinéma malgré mon dégoût pour certains de ses choix.
En tout cas, une chose est sûre, il m'a donné envie de découvrir l'original coréen.
Ah oui et j'oubliais : il y a du gore. Houlala oui il y a du gore. Un exemple ? Un personnage se fait briser le genou. Le plan d'après, on le voit tripoter son genou cassé avec l'os qui bouge à l'intérieur. Charmant, hein ? Et encore, là j'ai pris un exemple soft. Aaaaah, sacré Lanthimos...
J'ai trouvé que c'était un très bon film avec une belle photographie, je conçois que le message politique aurait pu aller encore plus loin dans la dénonciation. Mais le fait est que je trouve toujours incroyable l'idée qu'un complotiste "fou" et clairement serial killer avait en fait raison depuis le début. Jusqu'à la fin j'avais douté et je trouve que rien que ce fait montre que le réalisateur est doué.