Détails

Date de sortie FR

20 mai 2026

Date de sortie

27 mars 2025
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Synopsis

Durant la Seconde Guerre mondiale, Rosa est recrutée comme goûteuse pour le chef du parti nazi, Adolf Hitler. Trois fois par jour, la jeune femme et d'autres camarades doivent manger afin de s'assurer que la nourriture n'est pas empoisonnée. Chaque bouchée sera peut-être la dernière… (Source : themoviedb)

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Commentaires (1)

  • avatar Fafette
    12 / 20Le 08 Juin 2026 à 23:20Fafette

    Je ne sais même pas par où commencer. Ce film m'a agacée, frustrée... Il m'a énervée. Il m'a vraiment énervée.
    En fait, je ne m'attendais pas nécessairement à un grand film, je m'attendais à ce qu'on ait quelque chose d'assez lisse ou académique mais je me suis dit que le sujet pouvait être intéressant.
    Sauf que ce que je n'avais pas prévu, n'ayant pas vu la bande-annonce, c'était que le sujet en question ne soit qu'un prétexte pour parler totalement d'autre chose ! Tout ça pour qu'au générique de fin, on fasse passer ça pour un hommage à Margot Wölk, la seule survivante des goûteuses (qui n'a jamais été mentionnée ne serait-ce qu'une seule fois de tout le film, ils décident vraiment de faire apparaître son nom à la toute fin comme s'il s'agissait d'un biopic).
    C'est carrément indécent. Enfin, ce ne sera pas la seule chose indécente du film, malheureusement.

    Bon, pour ne pas perdre le fil, je vais essayer de parler des choses dans l'ordre.
    En réalité, le film n'est absolument pas inspiré de l'histoire vraie des goûteuses d'Hitler, c'est une pure fiction utilisant ce terrible fait historique comme toile de fond pour parler... d'une romance ambigüe, pour dire les choses simplement. Plus qu'ambigüe en fait. Disons qu'éthiquement parlant... J'aurais espéré, quitte à ce qu'il développe cette histoire, que le film aborde tout ça sous un autre angle, un angle moins manipulateur, peut-être.
    Je vais essayer de développer sous spoil.
    [spoiler] On ne suit pas "les goûteuses", on suit Rosa. Simplement Rosa. Et Rosa est une Berlinoise (point important puisqu'il la distingue des autres filles, simples villageoises, mais qui finit surtout par valoriser Rosa en tant que personne, ce qui déjà m'a dérangée) qui apprend la disparition de son mari au front vers le début du film. Si elle est initialement dévastée par la nouvelle, on comprend au bout de quelque temps que ce qui la travaille sur le long terme, ce n'est pas tant ce deuil impossible que... Je vais être obligée de le dire crûment. La frustration sexuelle. Ah oui non mais pourquoi pas hein ! Même dans un film sur le nazisme il faut qu'on ait droit à cette facilité maintenant. Parce que bien sûr, c'est le contexte idéal pour ça. Mais bref.
    Donc, Rosa est frustrée, et c'est là que la "romance" se créé avec nul autre que... roulement de tambour... LE SS EN CHARGE DE SURVEILLER LES GOÛTEUSES ! Le stéréotype du nazi. On ne peut pas faire plus nazi que lui. Et mademoiselle Rosa oublie totalement, mais vraiment totalement son mari à l'instant précis où elle croise le regard de ce... truc. Ce qui aurait pu être un sujet intéressant si le film l'avait traité avec le recul nécessaire, pour montrer ça comme un fait, simplement un fait (on le sait que ça arrivait vraiment de toute manière). Sauf que non, il faut rendre ça romantique ! (Non mais rendre une histoire avec un nazi "romantique", c'est à se taper la tête contre un mur...)
    Et donc, le meilleur moyen de faire ça, c'est en humanisant le nazi ! Et en fait il est traumatisé par ce qu'il fait dans les camps le bouchon, faut le comprendre, il suit juste les ordres (ah ah oui ils ont osé... Ils ont osé.), alors sur le coup on va lui en vouloir un peu parce que bon c'est pas bien quand même, mais après on va montrer qu'il est pas siiii méchant non plus et qu'il a des remords, parce que même les nazis ont droit à la rédemption, non ? Non ?
    Et encore, je n'ai pas tout dit parce que sinon je détaillerais tout le film. Mais rien que ça, c'est beaucoup.
    Mais pour parler plus sérieusement, le film aurait pu explorer le fameux concept de la "banalité du mal", question centrale dans les débats sur le nazisme, au travers de ces personnages. En évitant cela, on finit par tomber dans une forme de révisionnisme qui n'a absolument pas lieu d'être. Le personnage nazi, Albert Ziegler, n'est pas un simple soldat, c'est un officier SS haut gradé ayant directement participé au génocide et ayant avoué avoir tué des enfants. Qu'il ait des regrets n'est absolument pas suffisant (surtout qu'il finit par faire une nouvelle victime à la toute fin, mais comme il a l'air triste en le faisant et sauve sa dulcinée en la poussant dans un train, on devrait avoir de la compassion pour lui, c'est absurde).
    Et cela pose aussi problème en ce qui concerne le traitement de Rosa, mais je vais développer par la suite.
    [/spoiler]

    Au-delà de ça, le film nous montre bien les autres goûteuses, on nous montre les mauvais traitements à leur égard, et on passe du temps avec elles. Mais elles ne sont pas du tout développées en-dehors de Rosa, ce sont de vrais stéréotypes sans profondeur. La toute dernière partie ne nous les montre même plus, c'est dire.
    La seule un peu plus développée est Elfriede, mais ce développement ne tourne une fois de plus qu'autour de Rosa.
    Alors, pourquoi appeler le film "Les Goûteuses D'Hitler" ? Le film ne parle pas réellement d'elles, il parle uniquement de Rosa.
    Et dans un tel cas, puisqu'on en est là, on peut au moins espérer que Rosa soit un bon personnage. Sauf qu'à mon sens, non, elle est même assez détestable et ça rend le visionnage laborieux.
    J'en ai déjà en partie parlé sous la balise spoil, mais pour résumer : c'est un personnage moralement très ambigu, traité comme un saint. Et ça, ça me pose vraiment problème. Le film essaie de faire d'elle un modèle de vertu, d'éthique, de dignité, etc, tout en la mettant dans des situations complexes comme l'époque en amenait sans cesse. On ne peut pas faire les deux en même temps, et j'aurais largement préféré que le film la dépeigne comme la figure complexe qu'elle est vraiment.
    Elle a constamment cette aura de supériorité morale, ce côté "spéciale" qu'on en trouve chez beaucoup d'héroïnes (mal écrites) qui fait que tout doit toujours tourner autour d'elle [spoiler] Même l'empoisonnement inévitable sera découvert d'abord à travers elle qui est la première à s'effondrer, histoire qu'aucune autre ne puisse lui voler la vedette trop longtemps [/spoiler]... Alors qu'elle commet des actes que l'on serait parfaitement en droit de critiquer. Je pourrais les détailler, mais ce serait long, si long...
    Mais surtout, cela amène un traitement très maladroit des sujets les plus graves, comme par exemple, évidemment, l'Holocauste.
    Pour éviter de spoiler et de faire doublon avec ce que j'ai déjà dit sous spoil, je vais encore résumer : lorsqu'elle apprend la réalité sur le génocide au détour d'une scène, sa réaction n'est pour ainsi dire pas celle attendue. Ce n'est pas le choc, l'horreur, le traumatisme, mais une simple petite colère parce qu'elle appréciait quelqu'un d'en partie responsable. Comme elle est "digne", le film refuse de montrer l'émotion brute face à cette vérité, sauf qu'en faisant ça, il la rend extrêmement froide, choquée plus par principe que par humanité sincère, ce qui finit par minimiser la gravité de la situation (et c'est encore pire avec la suite).
    Le film essaie de la rendre plus attachante sur la fin au travers de sa relation avec l'une des goûteuses, mais ça ne prend pas, je n'ai jamais pu la voir autrement que comme une femme froide et égoïste qu'on veut me faire passer pour un ange.

    Cela amène également autre chose : le film cherche à cocher toutes les cases d'un récit sur le nazisme sans la volonté sincère d'en explorer un seul angle. La réaction de Rosa à la mention (implicite) de la Shoah en est un exemple frappant (il faut quand même réaliser que le film utilise un génocide réel comme simple ressort scénaristique pour créer du conflit, c'est terrible), mais tout le film est comme ça. Je veux dire, vous pourriez penser à n'importe quel point que l'on s'attendrait à voir, et il y est, sans la moindre subtilité, vlan, on nous le met sous le nez comme les nazis mettent les plats sous le nez des goûteuses.
    Et à travers cela, au-delà de la romance, il devient un simple drame voulant faire pleurer dans les chaumières en utilisant une vraie tragédie [spoiler] Ça va jusqu'à utiliser le cliché du personnage qui se révèle être juif et recherché, pour développer une fois de plus, devinez qui ? Rosa ! Et sa relation avec qui ? Albert ! [/spoiler]
    S'ajoutent à cela les violons toujours pile quand il le faut et les ficelles se voient un petit peu trop. Un petit peu beaucoup.

    J'aurais d'autres choses à dire mais ce serait bien trop long dans deux-trois autres en vrac :
    -Je dois avouer que je ne m'attendais pas à me retrouver devant des scènes de sexe dans un film de ce genre mais il faut croire que les réalisateurs sont prêts à tout.
    -On entend une fois la voix d'Hitler et... Ils ont réussi à nous dégoter l'acteur dont la voix ressemble le moins à celle d'Hitler. C'est-à-dire qu'au départ je n'avais même pas compris que c'était lui. C'est ridicule.
    -De manière générale, le film exerce une distance bien trop grande face à la réalité du nazisme, et éthiquement parlant, c'est un risque énorme qu'il n'a pas su gérer. Je me répète sur ça parce que c'est vraiment important.

    Maintenant, pour parler des éléments plus techniques, les acteurs sont... passables. J'ai bien aimé les deux acteurs jouant le rôle des beaux-parents de Rosa qui ont apporté une sensibilité et une subtilité grandement nécessaires au film, mais les autres ne sortent jamais du stéréotype qui leur a été assigné (mention spéciale à Thea Rasche qui nous fait la moue tout le temps pour bien nous montrer qu'elle est aigrie (alors qu'on parle d'une femme ayant perdu son mari à la guerre, mais apparemment elle n'a pas le droit à la compassion, elle aurait dû s'appeler Rosa)).

    Quant à la réalisation, disons qu'elle est effectivement très académique et lisse. Le film tente quelque chose d'un peu plus stylisé avec des fondus en noirs pour conclure certains passages, mais j'ai parfois trouvé ça très mal amené, très abrupt.

    Maintenant, malgré mes critiques, je ne dirais pas que le film est une catastrophe, j'ai aimé certains éléments. Quand le film se concentre réellement sur le cas des goûteuses, il est très bon ! On ressent la tension, la peur, la cruauté, c'est réellement bien fait, c'est pour ça que ça me frustre autant, le film aurait pu aller tellement plus loin. De la même manière, les personnages des beaux-parents de Rosa sont très bien écrits pour le peu que l'on voit d'eux, on comprend la complexité et la tragédie de leur situation.
    Et de manière générale, j'ai aimé ce concept de vivre la Seconde Guerre Mondiale du point de vue de personnages qui n'en comprennent le déroulement que par bribes, souvent influencés par la propagande et les rumeurs.

    Le film avait les idées, vraiment, il aurait pu être très bon. Mais il a pris une direction qui m'a beaucoup déçue.

    PS : Ah oui et alors, je viens de remarquer un détail sur l'affiche... "Inspiré d'une histoire vraie captivante" ? "Captivante" ??? Sérieusement ???? Faut vraiment pas avoir honte. ​

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