
L'évocation, presque aux dimensions de la Chine, de la vie du dernier empereur Pu Yi. De 1908, où il monte à trois ans sur le trône impérial à 1967, la fin de sa vie où il devient jardinier du parc botanique de Pékin, en passant par la révolution chinoise durant laquelle il est rééduqué.
Adapté du livre J'étais empereur de Chine : L'autobiographie du dernier empereur de Chine (1906-1967) de Aixinjueluo Puyi
Merci à vaan38 qui a créé cette fiche
« Vous m'avez gardé tout ce temps juste parce que vous pensiez que je vous serais utile !
- Est-ce si grave d'être quelqu'un d'utile ? »
PA-SSIO-NNANT.
Ce film est finalement le pendant parfait de La princesse errante (que j'avais apprécié sans plus), puisqu'il raconte la vie de Puyi, dernier empereur de Chine, puis de Mandchoukouo - pour peu que ça compte. C'est très fascinant et prenant à suivre.
Le portrait de Puyi est assez pitoyable, voire même assez tragique car il est ballotté au gré de l'Histoire et des renversements politiques. Il croit dur comme fer être un grand homme qui pourra être moteur de grandes réformes.
Mais que ce soit :
- durant son enfance où il a été enfermé de force au sein de la Cité Interdite
- ou durant son règne plus symbolique qu'autre chose
- ou encore lors de sa nomination fantoche en Mandchoukouo par les Japonais
- ou bien même au sein de son propre ménage (le parallèle entre son épouse et sa mère dont il a été arraché) : il n'est jamais, jamais, maître de son destin.
Ce sont les autres qui décident pour Puyi, là où lui pense ironiquement être l'envoyé du ciel. Elle est là la tragédie : l'impératrice Cixi lui a dit qu'il était l'homme le plus puissant avant de mourir, et lui a toujours cru en ce mensonge.
Il est comme figé dans un monde qui continue toujours d'avancer plus vite que lui. Il croit en un modèle impérial, dépassé depuis longtemps, fait auquel il demeure aveugle tout le long du film.
D'ailleurs, ce film est beaucoup plus chargé politiquement que La Princesse errante ; Bertolucci n'épargne rien. Il critique les coutumes rétrogrades des Qing, il critique la malhonnêteté et les ambitions sans limite de l'impérialisme japonais, et il critique également la violence du communisme sous Mao Zedong. J'aime cette approche sans fard et crue, et qui me manquait dans La Princesse Errante.
A l'inverse, s'il y a un point qui m'a fait tiquer et que je me dois d'aborder, c'est l'approche très orientaliste du film.
Ca n'a échappé à personne mais Bertolucci n'est pas un nom très chinois, ni même très asiatique. Il y a donc un regard blanc très occidental dans ce film. Certains passages sont plus emprunts de ce regard blanc que d'autres, mais c'est un fait : on perçoit largement ce fantasme occidental pour l'Asie.
Le faste de la Cour des Qing est très largement exagéré, tandis que le précepteur écossais de l'empereur est fortement imprégné du complexe du sauveur blanc (concrètement, c'est lui qui apporte modernité et progrès au sein de la Cité.) Même s'il est vrai qu'il a été important dans la vie de Puyi, qui était très ouvert à la culture occidentale, c’est lui accorder, je crois, beaucoup d’honneur (et de temps d’écran). Plus flagrant encore, mais toutes les scènes érotiques qui impliquent la polygamie pratiquée en Chine jusque dans les années 50. Bertolucci rend cette institution ancienne sexy pour aucune raison : [spoiler] je pense à la scène de plan à trois en collin ma-yard entre Puyi et ses deux femmes. Aucune utilité (en plus Puyi était très probablement impuissant car il n’a laissé aucune descendance), on y sent juste une forme de fascination malaisante pour une coutume étrangère perçue comme très exotique.
Je ne parlerai pas de la scène érotique entre l’impératrice shootée à l’opium et l’espionne japonaise qui traduit vraiment la quintessence du regard orientaliste de ce film mais voilà. [/spoiler]
Beaucoup d’inexactitudes historiques également pour les besoins de l’histoire, mais on pardonne, car le gros de la trame a été globalement suivi.